Retour sur l’actualité : un autre regard sur les « migrants »

Tous ces derniers mois, l’actualité a exposé la question « des migrants », confondant en un même ensemble réfugiés politiques et émigrés économiques, s’arrêtant surtout sur leur impact politique et les mesures à mettre en œuvre pour répondre à ce flux. La question est loin de laisser indifférent. Certains des documents de nos fonds permettent d’approfondir certains aspects de cette question.

dear refugees

Pour aller plus loin…

D’abord, qu’est-ce qu’un « migrant » ? Terme souvent ambigu, entaché d’une forte idéologie, il convient mieux de parler de « migrant international », de « travailleur migrant », de « réfugié  politique » ou encore « d’immigré clandestin ».

Par-delà les journalistes, qui saisissent souvent l’aspect sensationnel, premier, de l’évènement, des reportages photographiques ont été consacrés à ces personnes, permettant de découvrir une autre réalité, sans concession :

Les jours d’après : portraits de migrants à Cenon, par Christophe Goussard, texte de Eric Bonneau (Filigranes, 2013).

Squats : un autre point de vue sur les migrants, texte de Florence Bouillon, photographies de Freddy Muller (Paris, Alternatives, 2009).

SQUATS

Parmi les causes de ces migrations, le réchauffement climatique en est une majeure.

Selon l’ONU environ 150 millions de réfugiés du climat devraient être déplacés d’ici à 2050.

« En effet, l’augmentation de la température moyenne met directement en danger les peuples qui habitent à proximité des zones arides ou dans les régions arctiques traditionnellement couvertes par le pergélisol. Et indirectement, par l’élévation du niveau des océans ou par l’apparition de cyclones à l’intensité de plus en plus forte, ceux qui se sont établis dans les deltas ainsi que sur les franges littorales et les îles basses. Ce sont souvent des populations pauvres qui vivaient déjà dans un équilibre précaire avec leur environnement, et pour lesquelles le réchauffement climatique constitue le facteur additionnel critique : celui qui fait basculer de la pauvreté à la misère, de l’enracinement à l’exil. »

  • Pendant cinq ans, le collectif Argos est allé à la rencontre des premiers « réfugiés climatiques » : neuf escales afin d’éveiller les consciences sur l’ampleur prévisible des mouvements de population et la perte d’une pluralité culturelle : Réfugiés climatiques, du collectif Argos (D. Carré, 2008).
réfugiés climatiques

3 climat ARG

 

Géopolitique du changement climatique

3 climat GEM

Des sociologues et anthropologues se sont également penchés sur ces femmes et ces hommes au cours d’enquêtes et d’études. On retiendra surtout :

  • Ou (surtout pour la photo de la couverture) :
comment les migrants changent le monde

325 SAU

 

Pour avoir une vision historique, un recours aux sources, nécessaire : L’immigration dans les textes, France, 1789-2002 de Janine Ponty. Belin Sup, 2004.

 

La filmographie est particulièrement riche sur ce sujet. De nombreux documentaristes se sont en effet emparés de la réalité, accompagnant certains évènements durant de longs mois, interrogeant ces hommes pour livrer leur témoignage souvent poignant. Vous trouverez ces titres dans notre fonds :

  • Stella de Vanina Vignal (2006)

Qui est Stella ? Pourquoi est-elle venue en France ? Qu’a-t-elle laissé en Roumanie ? Comment s’est-elle adaptée à la vie dans un bidonville ? Comment a-t-elle pris la décision d’aller mendier ? Quelles sont ses attentes, ses projets… ses rêves ?

325 TRI

325 TRI

 

Dans la nuit du 31 décembre 1969 au 1er janvier 1970, cinq travailleurs noirs meurent asphyxiés dans un foyer à Aubervilliers… Ce drame a un retentissement national et ce film, qui montre sans fard bidonvilles et taudis, est alors une dénonciation forte de la politique de la France en matière d’immigration… 43 ans plus tard, Marcel Trillat reprend la caméra et retourne à la rencontre des « Étranges étrangers » d’aujourd’hui. Avec la volonté de poser une simple question : Ces « étrangers dans la ville », toujours aussi indispensables, sont-ils accueillis plus dignement par la société française en plein XXIème siècle ?

 

 

 

 

 

  • Films de Fernand Melgar :

 

325 MEL

325 MEL

 

 

La forteresse (2008)

Fernand Melgar a filmé pendant 60 jours, de décembre 2006 à février 2007, à l’intérieur du Centre d’enregistrement et de procédure de Vallorbe, situé dans le Jura vaudois à la frontière franco-suisse, la vie quotidienne de demandeurs d’asile et du personnel chargé de leur accueil.

 

 

 

 

vol spécialVol spécial (2011)

Le centre de détention administrative de Frambois, près de Genève, réputé pour être un centre de détention « modèle », enferme des hommes dans l’attente de leur renvoi hors du territoire hélvétique… Ceux qui refusent de partir sont menottés, ligotés et installés de force dans un avion… Un film remarquable qui saisit admirablement les aberrations et la violence d’un système…

 

 

 

 

 

Album de famille (2011)

L’histoire de l’émigration d’une famille espagnole dans la Suisse des années 1950 et 1960, venue dans l’espoir de refaire la vie…

 

« No London today. C’est ce que m’a dit Arman la première fois que je l’ai rencontré. Nous étions trous deux assis sur un banc. J’étais en vacances à Calais et lui attendait la nuit pour passer clandestinement en Angleterre. De là a commencé un drôle de voyage, dans un autre Calais sans plage ni terrasse.

 

Chaque jour, des centaines d’hommes et de femmes traversent le Mexique, entassés sur le toit de trains de marchandises, dans l’espoir de passer la frontière des Etats-Unis. Une dizaine de femmes du village La Patrona, traversé par l’une des voies de chemin de fer sur lesquelles circulent ces trains, se sont données pour mission d’aider ces migrants…

l'escale

325 BAK

 

 

L’escale de Kaveh Bakhtiari (2013)

A Athènes, le modeste appartement d’Amir, un immigré iranien, est devenu un lieu de transit pour des migrants qui, comme lui, ont fait le choix de quitter leur pays. Mais la Grèce n’est qu’une escale, tous espèrent rejoindre d’autres pays occidentaux. Ils se retrouvent donc coincés là, chez Amir, dans l’attente de papiers, de contacts et du passeur à qui ils confieront peut-être leur destin.

 

 

 

 

 

« J’ai l’impression de leur voler leur jeunesse. Ils n’ont pas de temps pour jouer. » Dans cette ferme, comme dans beaucoup d’autres en Moldavie, la femme est partie travailler à l’étranger, pour combler les dettes, payer les études des enfants, réparer la maison, laissant le père seul avec les enfants. La mère se rappelle à sa famille de multiples façons : par l’arrivée d’un colis, par la brièveté d’une communication téléphonique, par la durée même du film étalé sur plusieurs saisons.

Criblés de dettes et expulsés de leur logement, les Kamalanathan sont contraints de s’installer dans l’arrière-boutique du Dayana Mini Market, leur petite épicerie parisienne. Floriane Devigne filme le quotidien des membres de cette famille d’origine sri lankaise en pleine « crise » économique mais résolument soudée, et construit avec eux, loin de tout misérabilisme, une véritable petite comédie musicale documentaire façon Bollywood.

 

vacances au sénégal

325 CHR

 

 

Facteur Toubab de François Christophe (2005)

« Pendant des années, je suis allé au Sénégal. J’aimais ce pays et j’y cherchais confusément ma place. Il y a trois ans, Yelli, un ami sénégalais, a immigré clandestinement en Italie pour subvenir aux besoins de sa famille. Sans papiers, Yelli est bloqué. J’ai donc décidé de voyager pour lui, de faire des lettres filmées en Italie et au Sénégal pour donner des nouvelles à ceux que les frontières séparent. »

 

 

 

 

 

  • Sans compter les films de Sylvain George (2012), lequel a suivi des immigrés sur plusieurs années, réalisant une série de documentaires.

No border : Comme ces amibes, noires et fugitives, qui ouvrent un film au noir et blanc saturé, ode rythmique et comme un rappel du cinéma pur des années 1920 ; « No Border », la sensualité universelle de visages et de corps à la chorégraphie élémentaire, rehaussée par la musique (Part, Schnittke, Ligeti) ; « No Border », l’hypocrisie d’une politique européenne et française où la circulation des populations cède le pas à celle du capital.

Un homme idéal (Fragments K.) ; N’entre pas sans violence dans la nuit : Conçus en réaction aux lois d’immigration promulguées en 2006, la série des « Contre-feux » de Sylvain George prolonge l’action du 9e Collectif de sans-papiers à Paris. « Un Homme idéal » en est le 4e volet, et trace en une poignée de séquences le portrait d’un homme qui, à défaut de papiers auxquels il a pourtant droit, est condamné au monde du travail au noir, à l’exploitation, à l’extrême pauvreté.

 

En fiction aussi, plusieurs réalisateurs ont pris récemment pour sujet la question de l’immigration, que ce soit Philippe Lioret avec Welcome (2009) qui raconte la rencontre d’un homme avec des clandestins à Calais :

welcome

LIOR

Ou Costa-Gavras avec Eden à l’Ouest, dans lequel il raconte l’odyssée d’un immigré clandestin (on vous conseille la lecture de cet article du Courrier international).

eden à l'ouest

COST

Le 9e art ne pouvait rester en reste, comme l’a révélé la magnifique exposition du Musée de l’Histoire de l’immigration : « Bande dessinée et immigration. 1913-2013 ».

Parmi nos coups de cœur :

  • Alpha, l’enfer des migrants raconté par Bessora et Barroux (dessins)

BD BESSORA

 

Christophe Dabitch a recueilli le témoignage de treize immigrants ayant trouvé asile en France. Ces témoignages sont adaptés sous forme de bandes dessinées et accompagnés par six textes d’historiens qui replacent les raisons de l’immigration dans l’histoire de France. Ils racontent les raisons de leur venue ainsi que leur intégration en France, qui passe souvent par une phase de racisme ordinaire.
Dessins d’Étienne Davodeau, Christian Durieux, Benjamin Flao, Manuele Fior, Christophe Gaultier, Simon Hureau, Étienne Le Roux, Kkrist Mirror, Jeff Pourquié, Diego Dona Solar, Troub’s, Sébastien Vassant.
immigrants

BD IMMIGRANTS

  • Il y a encore Terre d’accueil d’Alessandro Tota, un « album qui traite de la différence avec poésie » (Planète BD). Dans ce conte, situé entre fiction et réalité, l’auteur évoque sa propre immigration à Paris en 2006. Jusque dans le langage qu’il prête à son personnage, lequel parle « gnu », en référence au fait que lui-même ne parlait pas français à son arrivée en France.
terre d'accueil

C 344/1

Ayant d’abord délaissé solitude des montagnes, froid et épaisse fourrure pour une verte vallée, Yéti quitte ce petit coin de paradis (qu’une commune voisine a transformé en décharge hautement toxique) pour gagner la grande ville. La cité se montre peu accueillante : Yéti est tellement différent. Malgré tout, il trouve logement et emploi : un job dans une entreprise de télémarketing. Cependant, ses difficultés à communiquer (Yéti à un langage parfaitement incompréhensible) et ses handicaps physiques ne tardent pas à lui attirer les foudres de ses collègues, puis de ses supérieurs qui préfèrent le cantonner à l’entretien des WC. Le soir, dans son petit studio, Yéti se sent triste et bien seul. Jusqu’au jour ou attiré par le cliquetis bruyant des clefs de son voisin de pallier, il jette un regard par l’œilleton : en guise de voisin, c’est une bien jolie voisine (certes un peu éméchée) qu’il entrevoit. Yéti en tombe immédiatement amoureux. Quelque temps plus tard, au lavomatic, il tente une approche. Mais sa maladresse et l’habituelle méfiance de la jeune femme à l’égard de la gent masculine, le font échouer. Pourtant, le soir même, elle l’invite à prendre un café dans son appartement. Comble de bonheur : elle fait peu de cas de ses différences, le comprend parfaitement quand il s’exprime et vit les mêmes difficultés d’intégration… [Planète BD]

  • A découvrir également : Reportages de Joe Sacco (Futuropolis, 2011), dans lequel il rencontre des clandestins africains débarqués sur l’île de Malte : « En contrepoint des situations d’actualité dont les médias traditionnels livrent un compte rendu stéréotypé, il prend le parti de traiter des « épreuves » endurées par les migrants (auxquels vont ses sympathies), mais aussi « des peurs et des appréhensions » du peuple maltais. Joe Sacco travaille d’abord sur le terrain, armé de son crayon et d’un magnéto, puis il retranscrit ses reportages dans la solitude de son atelier. » (Tiré de l’article de Vincent Marie, Quand la bande dessinée témoigne des migrations : entre autobiographie et reportage)
REPORTAGES

BD SACCO

 

manuel réfugié

BD NEYESTANI

  • Enfin, Charles Masson dans son roman graphique Droit du sol (2009) livre un état des lieux prenant de la réalité dans les territoires d’outre-mer : une barque en provenance des Comores, chargée de clandestins, dont Yasmina, une femme enceinte, fait naufrage au large de Mayotte. Sur 33 personnes, 14 périssent et 7 sont portées disparues…
DROIT DU SOL

BD MASSON

 

Et pour aller encore plus loin, hors les murs de la bibliothèque et de ses trésors, le Musée de l’Histoire de l’immigration vous propose :

l’exposition Frontières du mardi 10 novembre 2015 au dimanche 29 mai 2016

un cycle de débats sur l’actualité de l’immigration : « Quand l’immigration fait débat »

 

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