Session de rattrapage: la projection du film « Les Inséparables »

Vous n’avez pas pu assister à la projection du film « Les Inséparables » de Pierre Linhart et de Christiane Chabi-Kao et vous vous en mordez les doigts de désespoir?

Heureusement, tout n’est pas perdu puisque cet article est là pour vous faire le récit de la soirée.

Plantons le décor : Paris, vendredi 19 avril à 18H50, les lecteurs quittent progressivement la bibliothèque (voire très progressivement si vous voyez ce que je veux dire… mais là je m’égare…) tandis que d’autres arrivent frais comme une rose parce qu’ils ont décidé de venir assister à la projection du film « Les Inséparables » à 19H. Vingt-cinq personnes sont installées désormais et attendent fébrilement que la projection démarre dans les minutes à venir…

Avant de commencer, le réalisateur Pierre Linhart remarque une petite fille dans le public : il s’inquiète de son jeune âge, 4 ans et demi, au vu du sujet du film susceptible de heurter la sensibilité d’une si jeune enfant : des enfants vendus et séparés de leur mère.
La maman est prévenue et est sur le point de partir ; sa fille fond alors en larmes, déçue de ne pouvoir assister à la projection. Plus de peur que de mal, rassurez-vous! Elle s’amusera avec le portable de sa maman un peu plus tard en jetant un œil distrait au film…

En préambule, Pierre Linhart relate le contexte dans lequel il a co-écrit et co-réalisé ce film: il a rencontré Christiane Chabi-Kao lors d’un atelier d’écriture ; celle-ci avait déjà réalisé un film sur le travail des enfants. Pour cette collaboration, Pierre Linhart se soucie essentiellement de la trame dramatique du film, tandis que Christiane Chabi-Kao lui donne des informations sur l’authenticité des situations et des dialogues. Il ne faut pas se tromper . Même s’il s’agit d’une fiction, le fonds du film a une forte valeur documentaire.

Pierre Linhart, seul Français de l’équipe, a parfois dû se confronter à certaines difficultés d’ordre culturel au moment du tournage… Un des acteurs refuse d’apparaître torse nu et au lit avec l’actrice, du fait de sa religion. De même, le personnage de la mère est totalement fictif. Il est extrêmement rare qu’une femme décide de quitter son village pour retrouver ses enfants vendus à son insu. Pierre Linhart voulait un personnage de femme forte qui va au-delà des conventions. Dans une scène, la mère rentre inopinément dans le bureau du chef de la brigade des mineurs (avec lequel elle a une idylle); il se trouve que cette scène a généré une incompréhension de la part de l’équipe béninoise qui considérait qu’il était tout à fait invraisemblable qu’une femme s’introduise de la sorte dans un bureau. En outre, les hommes de l’équipe se permettent des plaisanteries douteuses lors du tournage délicat de la scène où la petite fille, alors domestique, est abusée par le chef de famille. Enfin, lorsque la mère retrouve finalement son fils au poste de police, sa première réaction est de le réprimander violemment parce qu’il a commis un délit mineur alors qu’elle ne l’avait pas vu depuis des mois… Pierre Linhart est moyennement convaincu par cette situation mais c’est Christiane Chabi-Kao qui lui a assuré que c’était une réaction tout à fait normale dans le contexte béninois.

Pierre Linhart et Christiane Chabi KaoDe cet échange entre les deux scénaristes et réalisateurs émane du film une originalité, une richesse de contenu qui a charmé et touché une bonne partie du public. Certaines personnes présentes témoignent de leur attachement particulier à l’Afrique, qu’elles en soient originaires ou qu’elles y aient vécu quelques années. D’autres semblent concernées par la question des droits des enfants. Les interventions sont nombreuses, les échanges permettant une meilleure compréhension de la situation.

Pour répondre à la question de la part de réalité dans le film, Pierre Linhart explique qu’à l’origine, il y avait une tradition au Bénin (ainsi que dans d’autres cultures africaines) de confier un enfant à un membre de la famille, pour lui permettre d’aller en ville et de bénéficier d’une éducation à l’école. Cela s’est perpétué même si bientôt il ne s’agissait plus de confier un enfant à un autre membre de la famille mais à des étrangers. La dérive a ainsi commencé : les enfants ont été exploités en tant que travailleurs, n’ont pas suivi d’instruction et ont été coupés de leur famille restée au village. C’est ainsi que Christiane Chabi-Kao a connu, enfant, d’autres enfants employés comme domestiques dans sa maison. La situation ne la choquait pas alors. Ce n’est que lorsqu’elle a eu des enfants qu’elle a pris conscience que cela n’était pas acceptable, ce qui l’a conduite à militer pour dénoncer cet état de fait.

Pierre Linhart a bien l’intention de réitérer cette expérience : il écrit en ce moment un projet de film se passant au Bénin qui lui permettra de traiter différemment ce sujet passionnant mais somme toute bien difficile… Bon courage à lui pour cette nouvelle aventure béninoise !

Nous espérons bien qu’il nous fera le plaisir de revenir à la médiathèque pour nous faire partager son nouveau film !

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